vendredi 7 août 2015

En Irlande, une femme ne peut pas avorter même si sa grossesse s'est interrompue

Par Shiromi Pinto, 7 août 2015, 11:17 UTC

Lupe avait besoin de se faire avorter. Mais elle vivait en Irlande, où l'avortement est interdit sauf si la vie de la femme est en jeu. Lupe a décidé de ne pas risquer sa vie. Voici son histoire. 



Lupe* – qui est originaire d'Espagne – a senti dès le début qu'il y avait un problème. Lorsque son médecin lui a confirmé qu'elle était enceinte et l'a félicitée, elle n'était pas vraiment convaincue.

À un peu plus de 11 semaines de grossesse, elle a commencé à avoir des saignements. « Je suis allée voir mon généraliste, explique-t-elle. Il m'a auscultée, mais il n'entendait pas le cœur du bébé. »

Lupe a été envoyée à l'hôpital par son médecin, qui a demandé qu'elle passe immédiatement une échographie. En fait, elle a dû attendre plusieurs semaines avant de subir un examen vaginal complet. Inquiète devant les retards pris et souhaitant savoir ce qui se passait, Lupe est allée passer une échographie à ses frais dans une clinique privée. Elle était alors enceinte de près de 13 semaines.

« Il m'a auscultée, mais il n'entendait pas le cœur du bébé. »
  
Pas de battements de cœur, pas de vie

L'examen a confirmé ce qu'elle craignait. « Il n’y avait pas de vie. Il n'y avait pas de battements de cœur », se souvient-elle.

Même après l'échographie, Lupe ne s'est vu prescrire aucun traitement destiné à évacuer ce qu'elle avait encore dans l'utérus. Au contraire, elle a dû passer une autre échographie, ce qui a encore retardé les choses.

« Ils ont enfin fini par me faire une échographie endovaginale, dit-elle. On voyait parfaitement l'embryon. Il était tout petit, trois millimètres... mort. J'étais effondrée. L'embryon avait cessé de grandir à quatre ou cinq semaines. Cela voulait dire que j'avais dans le ventre un embryon mort depuis plus de deux mois. »

Anéantie psychologiquement, Lupe était également inquiète des conséquences pour sa santé physique. « On peut très bien avoir une infection, dit-elle. C'est l'hôpital où, trois mois seulement auparavant, Savita Halappanavar avait fait une fausse couche et où ils l'avaient laissé mourir de septicémie. »

Lupe voulait que les restes de l'embryon soient enlevés, mais le médecin lui a dit qu'elle devait subir une nouvelle échographie, pour vérifier que l'embryon ne grossissait plus.




« Ils étaient prêts à me laisser mourir. »

Lupe était abasourdie. « Comment pouvait-il grossir alors qu'il était mort ? Ils s'attendaient à un miracle ou quoi ? 

« La femme médecin m'a demandé si je comprenais, et je lui ai dit : “Non, je ne comprends pas”. Et là, elle m'en a sorti une bonne, vraiment : elle m'a dit qu'il y avait une directive internationale qui recommandait de ne pas pratiquer d'interruption de grossesse si l'embryon faisait moins de sept millimètres. Que dans ce cas, il fallait faire deux échographies. »

Comme Lupe faisait remarquer qu'elle avait déjà passé deux échographies, on lui a répondu que la première venait d'une clinique privée, pas d'un hôpital, n'était donc pas valable.

Lupe a commencé à avoir vraiment peur. « J'ai compris que, si jamais il y avait des complications, ces gens-là étaient prêts à me laisser mourir, comme ils l'avaient fait avec Savita, s'exclame-t-elle. Je ne me sentais plus comme un être humain, car on ne me traitait pas comme un être humain. »

« J'avais dans le ventre un embryon mort depuis plus de deux mois. »

Contrainte de quitter l'Irlande

Résolue à prendre en main la situation, Lupe a décidé de repartir dans son pays d'origine, l'Espagne, pour y être prise en charge. Elle a commencé à faire une fausse couche juste avant de partir.

« Nous sommes partis en Espagne un dimanche. Le voyage a duré 16 heures, en voiture, en avion, en train, puis en taxi. J'ai saigné pendant tout le trajet... Quand nous nous sommes couchés, j'ai commencé à sentir les contractions. » La fausse couche s'est terminée dans un hôpital local.

« C'est le récit de mon cauchemar, dit-elle. J'ai passé plusieurs semaines infernales. »

« Aujourd'hui, je crois vraiment qu'en Irlande, quand une femme est enceinte, elle perd ses droits humains. Les médecins là-bas sont incapables de suivre correctement une grossesse. Je me rends compte maintenant que, lorsque je suis allée voir mon généraliste pour la première fois, lorsqu'il m'a dit que j'étais enceinte et qu'il m'a félicitée, l'embryon était déjà mort depuis un mois. »

*Le prénom a été changé. Apportez votre soutien à Lupe et aux autres femmes et jeunes filles dans sa situation. Dites à l'Irlande de modifier la loi sur l'avortement. Ce n’est #pasunecriminelle.

Cet article est paru dans le numéro de juillet-septembre du magazine LE FIL.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire