mardi 14 juillet 2015

«Pourquoi agresser les gens parce qu’ils sont homos ?» – Défier l’homophobie au Cameroun

Par Balkissa Ide Siddo, Amnesty International Central Africa Campaigner, 14 juillet 2015, 11:18 UTC

La Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie est une occasion de mettre en lumière la question de l’égalité des droits et de la justice en faveur des lesbiennes, des gays et des personnes bisexuelles, transgenres et intersexuées (LGBTI) dans le monde entier.



Balkissa Ide Siddo, l’une des nouvelles chargées de campagne d'Amnesty International pour l’Afrique centrale, s’est rendue récemment au Cameroun, où les gays et les lesbiennes courent le risque d’être attaqués, voire tués. Elle a été témoin de la réelle détermination des militants de ce pays à combattre l’homophobie.


J’ai rejoint Amnesty International en février et, moins d’un mois après, je pars au Cameroun pour rencontrer des partenaires qui contribuent à protéger les LGBTI et à défendre leurs droits.

Dans ce pays, comme dans une grande partie de l’Afrique occidentale et centrale, seule l’hétérosexualité est légale et acceptable sur le plan social. Des groupes d’auto-défense s’en prennent fréquemment à des gays et des lesbiennes ou à des personnes prétendument homosexuelles, par exemple, ainsi qu’à ceux qui les défendent. En dépit de ces risques bien réels, on assiste actuellement à la montée en puissance d’une opposition courageuse à la vision soi-disant « traditionnelle » de l’orientation sexuelle.

À Douala, la deuxième ville du Cameroun, je me rends à l’ADEFHO [Association pour la défense des homosexuel(le)s], la première association camerounaise destinée à défendre les droits des LGBTI. Dans l’un des bureaux, un jeune homme traite des dossiers. Alain [son nom a été modifié], un étudiant en droit de 24 ans, est bénévole au centre. Il assiste la célèbre avocate Alice Nkom, qui a fondé l’ADEFHO en 2003 et a reçu en 2014 le septième prix des droits humains décerné par Amnesty International Allemagne.

Alain rêve que les gens comprennent que chacun est libre de choisir sa sexualité. Il ne comprend pas pourquoi certaines personnes sont agressées uniquement parce qu’elles sont homosexuelles.

Alice Nkom reçoit le septième prix des droits humains décerné par Amnesty International Allemagne à Berlin, en mars 2014. © Amnesty International



Le travail d’Alain à l’ADEFHO n’est pas sans risque. Ce jeune homme a été agressé physiquement à plusieurs reprises depuis qu’il a commencé à travailler auprès d’Alice Nkom il y a trois ans.

« Pourquoi aller tuer quelqu’un parce qu’on dit qu’il est homo ? J’aimerais que ça change. »
Alain, étudiant en droit à Douala (Cameroun)
Il explique que les jeunes qui veulent travailler avec cette association rencontrent des difficultés. Ils se font toujours agresser parce que, d’une façon ou d’une autre, on estime qu’ils sont homosexuels.

Il souhaiterait que les gens sachent que tous ceux et toutes celles qui travaillent avec l’ADEFHO ne sont pas forcément homosexuels, et même si certains ou certaines le sont, il n’y a aucune raison de leur en vouloir. « C’est une vie, c’est un choix. Donc pourquoi aller tuer quelqu’un parce qu’on dit qu’il est homo ? J’aimerais que ça change », a déclaré Alain.


Presque brûlé vif


Les paroles d’Alain résonnent en moi, en particulier quand je pense à ce qui est arrivé à Stéphane [son nom a été modifié], un charpentier de 36 ans qui est également bénévole à l’ADEFHO. Son orientation sexuelle, aux yeux de beaucoup, est un crime qui mérite la mort.

Une nuit de 2011, un groupe d’hommes a fait irruption chez lui. Ils en voulaient à sa vie. Ils l’ont traîné et l’on déshabillé, avant de le passer à tabac et de le torturer pendant des heures. Stéphane a été sauvé in extremis par des passants, juste au moment où ses agresseurs l’entouraient d’un pneu et l’aspergeaient d’essence, prêts à mettre le feu. Quatre ans plus tard, ces hommes n’ont toujours pas été traduits en justice.


Pour des raisons de sécurité, Stéphane doit dissimuler son identité lorsqu’il se déplace dans sa ville de résidence, Douala (Cameroun). © Amnesty International




Stéphane souhaite ardemment que les choses changent et veut contribuer à ce changement. Bien qu’il soit encore traumatisé par l’épreuve qu’il a endurée, ait été rejeté par sa famille et soit obligé de dissimuler son identité pour des raisons de sécurité lorsqu’il se rend au travail, sa détermination n’a pas faibli.

Ces jeunes hommes ne sont pas seuls. Des associations comme l’ADEFHO à Douala et la CAMFAIDS [Fondation camerounaise pour la lutte contre le sida] à Yaoundé, la capitale, travaillent d'arrache-pied pour protéger et défendre les LGBTI et lutter contre l’homophobie. Leurs membres font preuve d’un grand courage compte tenu de l’importance des risques. En 2013, Eric Lembembe, directeur de la CAMFAIDS, a payé de sa vie son engagement en faveur des LGBTI. Deux ans plus tard, ses meurtriers présumés n’ont toujours pas été jugés. En juillet prochain, Amnesty International apportera son concours à deux journées d’action en sa mémoire afin de demander justice et la fin des violences homophobes contre les LGBTI et les personnes qui les défendent.

Pour Alice Nkom, « ces menaces ne sont rien que la preuve que notre combat doit continuer ».

En pensant au courage d’Alain et de Stéphane, je ne peux qu’acquiescer. Aujourd’hui, alors que des voix s’élèvent dans le monde entier en faveur des droits et de la justice pour les LGBTI, ils peuvent se joindre aux personnes qui réclament la fin de la violence et de la haine.

Montrez votre solidarité envers Stéphane et Alain et les nombreuses personnes qui les soutiennent en signant notre manifeste Mon corps, mes droits pour les droits sexuels et reproductifs.

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