lundi 13 avril 2015

Sept manières dont l'Arabie saoudite muselle les internautes

(Image: © REUTERS/Kacper Pempel)
Par Ben Beaumont

Sept manières dont l'Arabie saoudite muselle les internautes



Raif Badawi purge une peine de 10 ans de prison en Arabie saoudite, notamment pour avoir créé un site web. Un autre blogueur du pays – qui doit garder l'anonymat pour sa sécurité – nous parle des différents stratagèmes dont usent les autorités pour museler les internautes.

1. Bâillonner toute personne ayant une opinion indépendante

« Dans l'ensemble, la situation est très mauvaise en Arabie saoudite, surtout pour les personnes qui ont des opinions indépendantes, à contre-courant. Récemment, des journalistes, des athlètes, des poètes, des blogueurs, des militants et des utilisateurs de Twitter ont fait l'objet d'enquêtes, d'arrestations et de détentions de courte durée. »

2. Rejeter tous les problèmes sur le terrorisme
« Les autorités sont fragiles. Elles se servent de différents moyens pour bâillonner et réprimer la dissidence, notamment la loi sur le terrorisme, un texte scandaleux utilisé pour terroriser les personnes qui ont des opinions. Les tribunaux prononcent des peines de prison de 10 ans ou plus pour un simple tweet. Les personnes athées ou en contact avec des organisations de défense des droits humains sont accusées de “terrorisme”. »

Les autorités sont allées voir les fournisseurs d'accès qui hébergeaient mon site web personnel en leur demandant de le bloquer et d'en effacer tous les contenus. Un blogueur anonyme, Arabie Saoudite

3. Lancer des attaques personnelles contre les blogueurs

« On m'a fait toutes sortes de problèmes. Les autorités sont allées voir les fournisseurs d'accès qui hébergeaient mon site web personnel en leur demandant de le bloquer et d'en effacer tous les contenus. Elles m'ont également envoyé des agents des forces de sécurité pour me dire d'arrêter ce que j'étais en train de faire dans mon intérêt et celui de ma famille. Plus tard, j'ai été officiellement interdit de blog et menacé d'arrestation si je continuais. J'ai cédé et j'ai arrêté pour protéger ma famille. »

4. Interdire, accuser à tort et licencier

« Beaucoup de blogueurs ont vu leurs activités restreintes ou interdites. Certains d'entre eux – que je connais – font toujours l'objet d'une enquête au sujet de blogs qu'ils ont tenus en 2008, alors qu'ils ont quitté la blogosphère depuis. Les blogueurs saoudiens peuvent également perdre leur travail et se voir empêchés de gagner leur vie. Beaucoup doivent faire face à des allégations mensongères les présentant comme “athées” ou “fous”. La quasi-totalité des aspects de la vie du blogueur font l'objet de restrictions. »

5. Généraliser la cybersurveillance et la censure
« La censure bat son plein, surtout depuis l'adoption de la loi sur le terrorisme. Un poète a été arrêté à la suite d'un simple tweet dans lequel il critiquait indirectement le roi Abdullah en des termes symboliques. Sachant qu'il y a plusieurs millions d'internautes en Arabie saoudite, cela veut dire que les autorités gardent un œil sur tout ce qui s'écrit. Nous avons également appris dans la presse internationale que l'Arabie saoudite se servait de la cybersurveillance pour pirater et surveiller les comptes des militants. »


 Raif Badawi avec ses trois enfants. À la suite de son arrestation en juin 2012, il a été condamné en mai 2014 à 1 000 coups de fouet et 10 ans d’emprisonnement. © DR

6. Mobiliser une cyber-armée

« Les autorités disposent d'une puissante armée d'informaticiens qui diffusent une image trompeuse de la situation en Arabie saoudite pour leurrer les gens à l'étranger. Ils créent des sites web, des chaînes YouTube et des blogs qui s'en prennent aux militants et aux opposants en les faisant passer pour des athées, des infidèles et des agents qui prônent la désobéissance au roi. En revanche, ces sites web, ces chaînes et ces blogs font souvent l'éloge de l'État et de son action. J'ai personnellement été victime de ce type de campagnes orchestrées par l'État visant à ternir ma réputation. »

7. Infliger des sanctions brutales

« Le cas de Raif Badawi illustre une fois de plus la cruauté d'un État qui continue de gouverner au moyen de sanctions archaïques comme les coups de fouet, les fortes amendes et les peines de prison excessives. Le gouvernement saoudien doit savoir que le monde ne lui appartient pas et qu'il ne peut pas réduire le monde au silence par l'argent. »

Passez à l’action

Signez notre pétition pour libérer Raif et découvrez cinq autres moyens de l’aider.


Le secrétaire général d’Amnesty International, Salil Shetty, devant l’ambassade saoudienne à la Haye, aux Pays-Bas, le 27 mars 2015. Plus d’un million de personnes dans le monde ont signé notre pétition pour demander la libération de Raif. © Jorn van Eck


Ce billet de blog est paru à l'origine sous la forme d’un article dans le numéro de novembre-décembre 2014 du FIL, magazine international d’Amnesty.

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