mercredi 1 avril 2015

La peine de mort, châtiment suprême

Quelle est l'ampleur du recours à la peine de mort dans le monde ?

D'après les informations dont dispose Amnesty International, 55 pays ont condamné à mort au moins 2 466 personnes en 2014 – ce qui représente une augmentation de 28% par rapport à l'année 2013. Cette hausse s'explique en grande partie par le plus grand nombre de condamnations à mort prononcées en Égypte et au Nigeria.

Amnesty International a recensé 607 exécutions dans 22 pays en 2014.

L'organisation est toutefois convaincue que le nombre exact de condamnés ayant été exécutés à travers le monde au cours de l'année écoulée est beaucoup plus élevé. Ainsi, ce chiffre n'inclut pas les exécutions ayant eu lieu en 2014 en Chine, qui a ôté la vie à un nombre de condamnés plus élevé que tous les autres pays du globe réunis.

De plus, de nombreux pays (dont le Bélarus) procèdent aux exécutions dans le secret, souvent sans même informer la famille ou les avocats du condamné.

Dans d'autres pays, comme la Corée du Nord, l'Érythrée, la Malaisie ou la Syrie, en raison de pratiques gouvernementales restrictives ou d'une instabilité politique, il n'existe pas, ou presque pas, d'information sur le recours à la peine de mort.

Combien de personnes attendent-elles encore dans le quartier des condamnés à mort ?

Nous savons que, à la fin de l'année 2014, il y avait environ 20 000 personnes dans l'antichambre de la mort à travers le monde.

La situation demeure donc très préoccupante...

Oui, mais nous avons également constaté des évolutions encourageantes. Le monde, dans son ensemble, se détourne peu à peu de la sentence capitale.

Le nombre de pays ayant prononcé des condamnations à mort est passé de 57 en 2013 à 55 en 2014.

Exceptions faites du Bélarus et des États-Unis, l'Europe et le continent américain sont des régions du monde presque exemptes de toute exécution. Aux États-Unis, Amnesty International a constaté une diminution à la fois du nombre de condamnations à mort prononcées et du nombre d'exécutions. En 2014, l'État de Washington a imposé un moratoire sur les exécutions.

À la connaissance d'Amnesty International, seuls trois pays ont procédé à des exécutions en Afrique sub-saharienne. Dans la région Asie-Pacifique, des débats ont été engagés concernant l'abolition de la peine de mort en Corée du Sud, à Fidji et en Thaïlande.

Au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, le nombre d'exécutions recensé par Amnesty International pour l'année 2014 a diminué d'environ 23 % par rapport à 2013.

En décembre, à Madagascar, l'Assemblée nationale a adopté une proposition de loi visant à abolir la peine de mort.

Pourquoi certains pays ont-ils toujours recours à la peine de mort ?

En 2014, Amnesty International a constaté que de nombreux pays procédant encore à des exécutions présentent leur recours à la peine de mort comme une réponse aux menaces – réelles ou supposées – à la sûreté de l'État et la sécurité publique que posent le terrorisme, la criminalité ou l'instabilité intérieure.

En décembre 2014, au lendemain de l'attaque terroriste contre l'école de Peshawar qui a causé la mort de 149 personnes – en majorité des enfants, le Pakistan a levé le moratoire sur les exécutions qui avait été prononcé en septembre 2008. Depuis, plusieurs dizaines de condamnés ont été exécutés.

D'après les informations recueillies par Amnesty International, des exécutions relatives à des infractions liées au terrorisme ont de nouveau été perpétrées en Chine, en Irak et en Iran.

La Jordanie a, de nouveau, eu recours à la sentence capitale et l'Indonésie a failli reprendre les exécutions, les deux pays justifiant leurs actions comme des réponses à la criminalité.

De nombreux autres pays, dont l'Arabie saoudite, la Corée du Nord, l'État de Palestine et l'Iran, ont continué de recourir à la peine de mort pour éradiquer toute dissidence politique.

Les exécutions ne s'effectuent-elles pas de manière plus humaine aujourd'hui ?

Il n'existe pas de manière « humaine » d'exécuter un individu.

De nombreux pays pratiquent toujours l'exécution par pendaison, par décapitation ou par peloton. Aux États-Unis, le recours à l'injection létale a donné lieu à trois exécutions « manquées » au cours de la seule année 2014.

Le recours à la réclusion à perpétuité ne coûte-t-il pas trop cher ?

Non. Et même si c'était le cas, cela ne justifierait pas le fait de tuer des individus. Aux États-Unis, la lourdeur de la procédure judiciaire et la lenteur des mécanismes de recours dans les affaires où le condamné encourt la peine de mort sont telles que la sentence capitale entraîne des coûts supérieurs à ceux induits par la réclusion à perpétuité. Plusieurs études américaines ont montré que la peine de mort coûtait de 1,5 à trois fois plus cher que la réclusion à perpétuité.

Non seulement il est inconcevable d'un point de vue moral de justifier les exécutions judiciaires en invoquant les économies réalisées – une violation des droits humains demeure une violation des droits humains, quel que soit son coût –, mais l'argument fait fi des autres conséquences. Les exécutions ont un effet déshumanisant sur les personnes qui y participent et elles privent les familles d'un être cher.

Le recours à la peine de mort détourne, de plus, une énergie et des ressources qui pourraient être employées à des méthodes plus constructives de lutte contre la criminalité, par exemple à l'amélioration des enquêtes de police ou des soins pour les familles des victimes des violences.

Mais la peine de mort n’est-elle pas une sanction juste en cas de crime grave (meurtre, viol) ?

Le droit à la vie est un droit humain inhérent à tout individu. Il faut empêcher et sanctionner les crimes, mais dans le parfait respect des droits fondamentaux et de la dignité humaine. Une exécution est un châtiment irréversible. L'année dernière, 112 personnes ont été innocentées dans neuf pays, alors qu'elles avaient été condamnées à la peine capitale – des innocents auraient alors été exécutés.

Dans la plupart des pays où des personnes ont été condamnées à mort ou exécutées, la peine capitale a été prononcée à l'issue d'une procédure non conforme aux normes internationales d'équité des procès.

Dans plusieurs pays, notamment en Afghanistan, en Arabie saoudite, à Bahrein, en Chine, en Corée du Nord, en Irak et en Iran, ces condamnations ont été prononcées sur la base d'« aveux » arrachés sous la torture ou d'autres formes de contrainte.

De plus, à travers le monde, des personnes sont toujours condamnées à mort et exécutées pour des crimes n'ayant pas provoqué la mort d'autrui, comme des infractions relatives aux stupéfiants, l’« adultère », l’« outrage au prophète de l'islam » ou la « sorcellerie ».

Pour de plus amples informations, voir :

« Cinq idées reçues sur la peine de mort confrontées aux faits »

https://www.amnesty.org/fr/articles/news/2014/03/five-death-penalty-myths-debunked/



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