jeudi 2 octobre 2014

Hong Kong : « Je n’ai rien vu de tel depuis des décennies. »

© Getty Images
Par Mabel Au, directrice d’Amnesty International Hong Kong

Depuis quelques jours, les rues de Hong Kong sont méconnaissables. L'énergie et l'exaltation qui se dégagent des principales artères de la ville, noires de manifestants remplis d'espoir, sont quelque chose que je n'avais pas vu depuis 1989, quand j'étais encore une jeune étudiante et que nous étions descendus dans la rue en solidarité avec les manifestants de Tiananmen. 


Et encore, même à l'époque, les gens n'étaient pas descendus si nombreux dans les rues de Hong Kong – et la réaction de la police n'avait pas été si violente.

Parti d'une simple manifestation étudiante il y a environ une semaine, le mouvement a pris de l'ampleur et a envahi de nombreux quartiers de la ville, rassemblant des citoyens qui ne demandent rien d'autre que d'avoir leur mot à dire sur la manière dont leur ville est gérée, et par qui.

Observant la scène depuis une passerelle piétonne devant le siège du gouvernement central, je n'en crois pas mes yeux : des milliers de personnes sont assises par terre, bravant la pluie, brandissant des pancartes sur lesquelles on peut lire : « Oui au suffrage universel ».

Les orateurs se relaient au micro pour de brefs discours d'environ cinq minutes, applaudis par la foule, qui entonne entre chaque des slogans prodémocratiques et des chants sur le thème de la liberté.

Les images des gaz lacrymogènes tirés par la police contre les manifestants pacifiques sont encore dans toutes les mémoires mais, ce soir, les gens semblent pleins d'espoir, plus positifs. Ce soir, la police antiémeute est invisible.

Quand les manifestations ont commencé il y a quelques jours, personnes ne s'attendait à ce que les événements prennent une tournure si sombre.

Le vendredi 26 septembre, dans la soirée, les manifestants étaient devenus si nombreux que la police a déclaré les manifestations de Civic Square illégales et a commencé à utiliser du gaz poivre contre ceux qui se trouvaient là, faisant très vite monter la tension.

Les arrestations n'ont pas tardé et de nombreux manifestants, dont le leader étudiant Joshua Wong, 17 ans, ont été emmenés menottes aux poignets.

Le lendemain, la population de Hong Kong s'est réveillée avec un profond sentiment de colère, et les manifestations devant les bâtiments officiels ont repris de plus belle dans la soirée. Au coucher du soleil, des centaines de personnes ont afflué – souvent équipées de lunettes de plongée, de parapluies et de film alimentaire pour se protéger dans le cas où des gaz lacrymogènes seraient de nouveau utilisés.

L'ambiance était festive, certains manifestants s’exprimant par l'art et la danse. Mais une fois de plus, la situation a dégénéré quand des policiers antiémeute en tenue de protection complète ont été envoyés sur Harcourt Road face à des milliers d'hommes et de femmes qui les défiaient, marchant droit vers eux.

On a vu fleurir des rangées de parapluies utilisés comme boucliers contre les gaz lacrymogènes.

Venus Cheng, vice-présidente d'Amnesty International Hong Kong, m'a dit qu'elle avait assisté à l'escalade de la violence.

« Vers 19 heures, les gens qui se trouvaient sur le pont au-dessus de nous ont vu arriver un grand nombre de policiers antiémeute. Quelques jeunes ont essayé de les arrêter mais ils ont été attaqués. Un manifestant a été frappé alors qu'il était au sol. »

Venus a essayé de venir en aide à cet homme mais un policier l'a poussée avec son bouclier. Comme elle ne cédait pas, un deuxième policier lui a vaporisé du gaz poivre directement dans le visage, tandis qu'un autre la frappait à la cuisse avec sa matraque.

Quelques minutes plus tard, les policiers ont de nouveau tiré des gaz lacrymogènes, contraignant Venus et les autres manifestants à fuir dans un autre secteur.

« Malgré mes lunettes de piscine et mon masque, j'étais prise de haut-le-cœur et de vomissements à cause du gaz et je courais sans réussir à garder les yeux ouverts », a-t-elle déclaré. Les affrontements entre la police et les manifestants se sont poursuivis jusqu'au lundi matin vers 4 heures.

Face au tollé suscité par cette violente répression policière, les autorités ont ordonné le retrait de la police antiémeute le lundi 29 septembre et ont de nouveau autorisé l'accès à la zone où se trouvent les bâtiments officiels. Toutefois, personne ne sait combien de temps les manifestations vont durer ni quelle sera la réaction de la police.

La situation reste tendue.

« Quel sens faut-il donner à ces manifestations ? », me demandent des amis du monde entier. Il est difficile de répondre à cette question.

On entend parler de Tiananmen depuis quelques jours, à la radio, à la télé et dans la rue, mais il est trop tôt pour savoir si ces manifestations sont différentes et annoncent un quelconque changement.

Ce qui est sûr, en tout cas, c'est que les gens sont prêts à dire ce qu'ils pensent, et c'est exactement ce dont Hong Kong et la Chine continentale ont besoin.




Légendes photos et ©
Manifestants à Hong Kong. © Getty Images



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