mercredi 20 août 2014

En patrouille avec la marine italienne pour secourir des réfugiés

© Amnesty International
Voici le premier volet du blog signé Matteo de Bellis, responsable de campagne à Amnesty International Italie, qui s’est joint la semaine dernière à une opération de recherche et de secours sur une frégate de la marine italienne, le Virginio Fasan.









Au plus fort de la saison touristique, l’île de la Sicile offre des plages ensoleillées, des fruits de mer délicieux et des soirées joviales bercées par une brise légère. Pourtant, des milliers de personnes qui accostent en Sicile ces jours-ci sont en quête d’autre chose : elles fuient pour échapper à la mort, laissant derrière elles le conflit, la persécution et la pauvreté.

Ces hommes, ces femmes et ces enfants, pour la plupart originaires de Syrie et d’Afrique subsaharienne, embarquent sur des bateaux surchargés qui ne sont pas en état de naviguer, dans l’espoir de demander l’asile et de bâtir une vie meilleure en Europe. Des centaines se lancent dans ce périple chaque semaine, la plupart en partant des côtes libyennes.

Le risque est grand que ce voyage soit leur dernier : nous savons que plus d’un millier de personnes se sont noyées depuis le début de l’année. Le chiffre réel est sans doute beaucoup plus élevé.

Nous faisons le voyage en sens inverse, et quittons le port d’Augusta, dans l’est de la Sicile, un dimanche soir. Je me trouve à bord du Virginio Fasan, une toute nouvelle frégate de la marine italienne, en compagnie de l’équipage et d’agents de l’État. Leur mission est claire : sauver autant de vies que possible. J’ai été autorisé à passer quelques jours avec eux pour observer les opérations visant à secourir les hommes, les femmes et les enfants qui tentent la traversée de la mer Méditerranée.

Alors qu’un magnifique coucher de soleil s’estompe, laissant place à une pleine lune tout aussi fascinante, nous naviguons, dominés par la présence silencieuse et majestueuse du volcan de l’Etna.

En Italie, on célèbre cette nuit St Laurent, et les Italiens épient le ciel, espérant voir des étoiles filantes et faire des vœux. Au large, notre but est plutôt de repérer des traces tangibles dans les eaux sombres.

« C’est bien que ce soit la pleine lune, me dit un membre de la marine italienne. La nuit, c’est beaucoup plus facile de repérer des naufragés les soirs de pleine lune. »

Plus de 100 000 personnes secourues


© Amnesty International



Alors que nous quittons les eaux italiennes, nous savons qu’un bateau chargé de passagers désespérés a probablement déjà quitté la Libye, en direction du nord – un voyage qui reflète le nôtre. Nous savons aussi qu’il risque de faire naufrage, sans l’aide des agents de la marine italienne impliqués dans l’opération Mare Nostrum (« Notre mer »).

Chaque jour ou presque, ils sauvent des migrants et des demandeurs d’asile en mer, et les conduisent dans divers ports du sud de l’Italie. Ils ont secouru plus de 100 000 personnes depuis le lancement de l’opération en octobre 2013. L’initiative est née de l’indignation de la population suscitée par plusieurs naufrages survenus près de l’île de Lampedusa en 2013, au cours desquels plus de 500 personnes, dont beaucoup d’enfants, se sont noyés.

Avant de monter à bord du Virginio Fasan, j’ai parlé à de nombreux hommes, femmes et enfants qui venaient tout juste d’arriver en Sicile par bateau depuis la Libye. Ils m’ont raconté les violations des droits humains subies au cours de leur terrible périple pour atteindre puis traverser la Libye, de la peur éprouvée durant leur traversée en mer, rude et parfois tragique, et de leurs amis et parents qui ont échoué.

Les nombreuses atteintes aux droits humains subies dans leur pays d’origine, comme la Syrie et l’Érythrée, et dans des pays de destination comme la Lybie, contraignent des milliers de personnes à fuir vers l’Europe. Malgré les très bons résultats et les sacrifices personnels consentis par les agents en charge de l’opération Mare Nostrum, des gens continuent de mourir en mer.

À titre d’exemple, deux Syriens interviewés à Catane, une ville située dans l’est de la Sicile, ont évoqué l’horreur qu’ils ont vécue le 2 août, 18 heures après avoir embarqué dans la ville libyenne de Zouara. Ils nous ont raconté que plus de 600 personnes se trouvaient à bord de leur embarcation lorsque celle-ci a chaviré.

Les estimations de la marine italienne sont moins élevées : elle a sauvé 268 personnes et récupéré les corps d’une femme et d’un enfant à 40 ou 50 miles de la côte libyenne. La véritable ampleur de cette tragédie, et de beaucoup d’autres, doit encore être précisée. Ce qui est certain, c’est que des dizaines de familles vont attendre un appel de leurs proches – en vain.

Et la plupart des gouvernements européens continuent de garder les yeux bien fermés.

Ils pourraient réduire le nombre de passagers risquant leur vie au cours de cette périlleuse traversée de la mer Méditerranée, en accordant des visas à ceux qui fuient des conflits et recherchent une protection en Europe, et en autorisant un plus grand nombre de réfugiés à s’installer dans des pays d’accueil et à rejoindre leur famille.

Dans l’attente, les gouvernements européens doivent financer de nouvelles opérations de recherche et de secours en mer, et travailler ensemble à leur coordination. L’Italie ne peut pas le faire toute seule.

Juste une question de temps

Lorsque je rencontre les membres de l’équipage du Virginio Fasan, ils viennent tout juste de débarquer 201 hommes, femmes et enfants secourus deux jours auparavant. Ce soir, ils peuvent se détendre et, sur le pont supérieur, l’atmosphère est joyeuse. Musique et pizza sont au menu, ils en profitent pour bavarder sans se presser, et dormir plus de quatre ou cinq heures – ce qui est rare lors d’une opération de sauvetage, et pourtant si nécessaire pour évacuer le stress et recharger les batteries.

Le lundi matin arrive vite. Notre frégate approche de la zone du centre de la Méditerranée qu’elle doit patrouiller. La mer est calme, mais tout le monde redevient sérieux : il n’est plus temps de papoter. Nous entendons qu’un autre bateau de la marine vient de déposer à Reggio Calabria, dans le sud de l’Italie, plus de 1 700 personnes secourues en mer.

Nous savons qu’un autre appel à l’aide va nous parvenir aussi, tôt ou tard. C’est juste une question de temps.

Vous pourrez bientôt lire la deuxième partie du blog de Matteo de Bellis, en mission sur le Virginio Fasan. Dans l’attente, vous pouvez demander à l’UE de sauver la vie des réfugiés et des migrants aux frontières de l’Europe en signant notre pétition (en anglais).







Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire