mercredi 5 février 2014

Le premier prisonnier d’opinion des JO de Sotchi


Par Emile Affolter, attaché de presse à Amnesty International Pays-Bas, actuellement à Sotchi
 
À peine quelques jours avant le début des Jeux olympiques d’hiver à Sotchi, un militant a été appréhendé. Cela n’est pas malheureusement pas rare en Russie, mais le moment choisi pour cette arrestation particulière a envoyé un message lourd de menaces à la société civile russe.


L’écologiste Evgueni Vitichko prévoyait de se rendre à Sotchi mardi 4 février mais en a été empêché par la police, puis a été déclaré coupable de « houliganisme mineur » et condamné à 15 jours en détention administrative. Son crime ? Il a, selon les autorités russes, proféré des jurons devant un arrêt de bus.

Quand j’ai appris la nouvelle de l’arrestation d’Evgueni Vitichko, j’étais en train de parler avec Semyon Simonov. Avocat pour le compte de Memorial, organisation de protection des droits humains, à Sotchi, il défend les droits des travailleurs migrants.

Un grand nombre des personnes ayant participé à la construction des stades olympiques et hôtels de Sotchi n’ont pas été rémunérées pour leur dur labeur. Une fois les chantiers terminés, beaucoup de ces ouvriers ont été la cible de pressions visant à les inciter à quitter la Russie, tandis que d’autres ont été expulsés de force. Semyon Simonov a parlé à des membres du Comité international olympique (CIO) il y a environ quatre mois au sujet de ces atteintes aux droits des travailleurs migrants, et a remis à la délégation du CIO une liste de 700 noms de personnes dont les droits ont été gravement bafoués. Le CIO ne l'a pas contacté depuis. Seule une douzaine de personnes figurant sur la liste ont été payées.

Semyon Simonov a par ailleurs souligné à quel point il est difficile d’organiser des manifestations à Sotchi, y compris hors du contexte des Jeux olympiques.

« Vous demandez une autorisation pour manifester (comme le veut le droit russe), qui est suivie d’une invitation à la mairie, où les autorités municipales essaient de vous convaincre de tout annuler. Si ça ne marche pas, il arrive assez souvent qu’une école du coin organise une kermesse ou un événement sportif le même jour à la même heure à cet endroit précis. Puis les autorités proposent un autre lieu pour votre manifestation. Il se trouve comme par hasard qu’il s’agit d’un parc aux abords de la ville, où quasiment personne ne vous verra ni ne vous entendra. »


Au lieu d’être à Sotchi, Evgueni Vitichko passera les deux semaines à venir en détention administrative, et deviendra le premier prisonnier d'opinion des JO de 2014.

Pendant ces deux semaines, il lui est interdit de parler des dégâts environnementaux causés par les travaux de construction des infrastructures olympiques ou d’autres questions qui ne cadrent pas avec le show olympique de Vladimir Poutine. Le cas d’Evgueni Vitichko est un nouvel exemple flagrant du harcèlement dont ont été victimes les militants de la société civile à l’approche des JO. C’est un message limpide et effrayant que celui que les autorités russes adressent à la société civile du pays : si vous ne rentrez pas dans le rang, vous serez les prochains.

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